Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 11:20

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L'auteur Sophie HERFORT, nous fait le plaisir de développer en public sa théorie sur l'identité de la Joconde ( voir le livre) le 21 octobre 2011 à 19h à  la Librairie les Mots à la Bouche dans le IVème arrondissment de Paris. Cette soirée sera bien plus qu'une simple dédicace, ce sera l'occasion pour les amateurs d'arts de poser les questions les plus techniques sur la méthode picturale de Léonard de Vinci. Mais aussi de démêler et de comprendre la vie de la communauté homosexuelle dans la Renaissance florentine.

 


L'émergence de la communauté dans les années 1980, ne doit pas occulter les subterfuges que les gays et lesbiennes ont dû inventer au cours des siècles passés pour exister. A chaque époque correspond des codes connus des seuls introduits. Dans le cas des années 1480, Sophie Herfort nous apprend que les bas particulièrement colorés ou un surcot très court étaient des signes ostentatoires clairement compréhensibles. Un peu comme la moustache dans les années 1970 ou le jeans hyper moulant des années 1980. Dans cet ouvrage on découvre un Léonard de Vinci audacieux et respectueux, qui ne milite pas spécifiquement pour la "cause" mais vit sa vie. Il redoute l'inquisition et les coups bas, c'est pourquoi il se fait discret, pourtant nombreux sont ceux qui devaient deviner son penchant au vu de son comportement et de ses costumes.


Cet ouvrage nous interpelle à plus d'un titre. Par exemple pourquoi la communauté a t-elle besoin de signes distinctifs? Aux risques de passer pour une mafia qui vampirise la société? On pourrait évoquer le besoin de rapprochement, de solidarité? Mais pourquoi choisir des signes ostentatoires? Comme les bas roses au XVème siècle, le dandysme à l'extrême au XIXème, ou le gloss dans les années 2000? Cette réponse est loin d'être évidente, car c'est l’une des grandes différences qui sépare la communauté gay de la communauté lesbienne qui conceptualise aussi des signes distinctifs mais dans la discrétion. Alors pourquoi les hommes homosexuels osent-ils prendre tant de risques autant vis à vis de la loi que de la vindicte populaire? Est-ce volontaire ou inné? Nous pourrions supposer qu'ils assument davantage? Cet argument est valable que pour quelques personnalités, comme Boy George. Chez les femmes comme Gertrude Stein (1874-1946) au début du XXème siècle qui assumait parfaitement son homosexualité, elles portaient des signes parfaitement lisibles pour la communauté lesbienne lesquels restés peu compréhensibles du large public à cette époque.

 

La recherche du vêtement audacieux chez la communauté gay est peut-être une question génétique? Un genre de dimorphisme sexuel poussé à l'extrême? L'un des arguments les plus atypiques est l'analyse que nous pourrions ébaucher sur la communauté trans. Une majorité des femmes qui font leur transition pour devenir des hommes, auront une allure masculine et des attitudes masculines mais discrètes. Les hommes qui font une transition vers la femme, vont en plus rechercher à devenir la femme Fatale. Il y a là une différence réellement intéressante. Le transgenre devenu femme accumulant maquillage, tailleur jupe, et hauts talons. Ne cherchant aucunement à passer inaperçu, elle recherche à évoquer une Marlène Dietrich (1901-1992) ou une  Greta Garbo (1905-1990). Nous pouvons constater ce même phénomène chez entre les drag Kings et les drag Queens. Les hommes ont tendance à être plus visibles. Peut-on à partir de ces exemples, définir une théorie de l'inné? Il serait trop audacieux et dangereux de clôre le débat sur une telle conclusion. Cette question mérite un développement plus large et approfondi dans le temps et les aires géographiques. Qu'en est-il des Hijras d'Inde, les Hétoros de Papouasie Nouvelle Guinée ou des feminelli de Napoli? 


Pourtant il est clair que cette distinction dans le port du costume entraîne une distinction de traitement dans la société. En effet la communauté gay a un impact plus fort que la communauté lesbienne car elle est plus visible que celle-ci. Grâce aux électrons libres gays, la communauté a vu rejaillir sur elle, une audition et un pouvoir de parole très fort. Dans ce sens on peut se rappeler les films de la Cage aux folles lesquels malgré leur stéréotype ont permis à la communauté gay de renforcer une existence publique et autorisées dans les années 80.


Nous devons aussi parler de la follassophobie. Car ces films présentant des gays très précieux aux vêtements colorés ont eu pour effet de diviser la communauté. Encore aujourd'hui le mouvement Bears et Cuir rejette clairement et souvent avec virulence les "folles". Avec l'argument qu'ils offrent au grand public, une vision faussée de la réalité et que leur comportement est anti-productif pour l'entente avec les hétérosexuels. Pourtant sans leur extravagances dans les années 1970-80, l'émergence de la commuanuté eut été impossible. Car leur visibilité à obliger les média à les écouter. Cette dichotomie, cette fraction est très marquée à l'heure actuelle. Ceci explique, le rejet souvent simpliste les électrons libres.


Le tour de force de l'ouvrage de Sophie Herfort est de nous repositionner dans le XVème siècle et de nous inviter à comprendre que déjà à cette époque les homosexuels se distinguaient plus ou moins volontairement. Elle réussit à retransmettre le trouble de l'artiste sur ces questions et de nous ouvrir les yeux sur des réalités insoupçonnées. Cet électron libre qu’est l'élève de Léonard de Vinci, constamment irrévérencieux et dispendieux, brûle la vie. Il est clairement incontrôlable et déjanté, mais ce devait être une personne festive avec laquelle tout était possible, il n'avait peur de rien, ni de choquer, ni de déplaire. Autant Léonard de Vinci fut un artiste de talent dans ses œuvres, autant son élève a appliqué l’aphorisme d'Oscar Wilde (1854-1900) : Mon œuvre d'art, c'est ma vie ! Ce tourbillon d'énergie et d'inattendus a dû séduire au combien un génie aux règles clairement définies. 

 


Venez nombreux à la soirée de dédicace et de conférence du vendredi 21 octobre à 19h à la librairie Les Mots à la Bouche, je ne doute pas que les débats seront passionnants et passionnés.

Par Thierry TESSIER - Publié dans : Livres
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 16:38

 

La ville fertile, voici un sujet vaste et qui nous concerne tous. La ville est l’un des enjeux majeur du prochain siècle, avec des mégalopoles de plusieurs dizaine de million d’habitants, comment peut-on concilier nature et humanité ? Comment dessiner les contours d’une ville aimante et agréable ? Pour répondre à ces questions, l’exposition à la cité de l’architecture et du patrimoine s’articule autour de trois axes. Le premier est d’ordre chronologique, le deuxième illustre grâce à des exemples précis les solutions apportées actuellement et un troisième axe développe les thèmes porteurs sur lesquels urbanistes, paysagistes et architectes réfléchissent.

 

La place du jardin dans l’espace urbain a toujours été important et a constamment été un lieu remarqué et remarquable. La première partie en fait écho et nous rappelle que par exemple les jardins suspendus de Babylone restent encore aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, comme l’aboutissement du jardin. Ce jardin sumérien si célèbre était un chef d’œuvre d’hydrologie et de terrassements. L’eau a toujours était d’une importance primordiale pour la ville, avec un jardin au centre des villes c’était  la possibilité de démontrer la volonté politique de la maîtrise de l’eau. L’un des exemples les plus importants sous l’antiquité est le Grand Canal de Chine, 大運河, long  de 2.000km entre Beijing et Hangzhou il est daté du Vème siècle avant JC. D’autres jardins antiques « plus sauvages » ont été remarqués pour leur portée reposante. C’est le cas du jardin Grec où les philosophes aimaient à enseigner et discourir tout en marchant, on parle de philosophie kinesthésique. Dans ce cas précis le jardin est avant tout une affaire publique, visible de tous. Certains jardins comme chez les Egyptiens seront plus cultuels car liés à des temples, tels celui de Karnak, mais ces lieux restent aussi ouverts à la population dans le sens large. Dans toutes les civilisations antiques, plus que le jardin c’est l’arbre qui va développer une symbolique forte : celle de la vie. L’arbre de vie est avant tout un symbole qui va devenir universel et traversera les siècles. D’ailleurs nous le retrouvons dans les jardins dits du « moyen âge » au centre de parterres thématiques. Dans ce cas précis, l’arbre prend une dimension christique, comme le Saint Sépulcre au centre du Dédale de la cathédrale d’Amiens. Le jardin se veut initiatique, il soigne, il émerveille. Il faut affronter des « épreuves »  pour atteindre le centre et conquérir la rose.  La rose, ou l’arbre au centre du jardin altomédiéval est Jésus, le Christ, l’amour, un but en soi. 


jardin de boboli

 

Jardin de Boboli, estampe  du XVIIIème siècle, conservée à British Library, London, UK

 

Les humanistes de la Renaissance vont vouloir conserver de ce jardin médiéval, le seul labyrinthe car il y associe une évocation alchimistique et une quête perpétuelle sur soi. Le jardin de Boboli à Florence dessiné en 1540 par Nicolo Tribolo pour Eléonore de Tolède est considéré comme le premier jardin renaissant. Et sera le modèle de la plupart des parcs Européens pendant près de trois siècles.  Dans le plan ci-joint nous pouvons lire un plan très structuré du jardin, fait de perspectives, de fontaines, de plan d’eau, de bosquets. Il faut signaler la révolution esthétique que furent cet espace. Le jardin devient un espace très vaste dont les volumes sont structurés et ponctués. Cette volonté de toujours éveillé l’œil va entraîner le développement de l’art topiaire et l’ingénierie des fausses cascades et autres fontaines. Dans la même époque nous pourrions citer de nombreux exemples de jardins exceptionnels à travers l’Europe, mais nous limiterons notre propos sur deux chef d’œuvres de l’époque. Le premier, sont les terrasses du château Neuf de Saint Germain en Laye dessinées par Philibert Delorme qui furent considérées comme les plus belles de toute l’Europe.

 

Chateau Neuf de St Germain en Laye

Saint Germain-en-Laye. Château-Neuf. 1637, dessin de Guillaumot, Auguste Alexandre (1815-1892), conservé aux archives nationales

 

Cet impressionnant travaille de terrassement montre déjà la volonté de former le paysage selon l’esthétique mais aussi selon la locomotion. Puisque les longues rampes permettent aux carrosses de traverser aisément le parc. Le second chef d’œuvre de la France sous la renaissance dans l’art du jardin est la fontaine de Bernard de Palissy dans le jardin des Tuileries. Commandée par la reine douairière Catherine de Médicis (1519-1589), la fontaine était faite de majolique sur lesquelles glissées l’eau avec un tintement cristallin. Malheureusement les hivers parisiens eurent raisons des terres cuites et sous l’effet de la cryoturbation, la fontaine s’effondra en quelques années. Après cette erreur de conception, les fontaines seront dorénavant faites en pierre et plomb. Ce jardin renaissant sera la norme en Europe jusqu’au Grand Siècle avec la volonté de Louis XIV de réformer les arts. Le roi décide d’utiliser les arts comme un moyen de propagande, après la refonte de la musique avec Jean-Baptiste Lully (1632-1687), du mobilier avec André-Charles Boulle (1642-1732), des Beaux-Arts avec Nicolas Poussin (1594-1665) et Charles Le Brun (1619-190), il utilisera les talents d’André Le Nôtre (1613-1700) pour inventer un nouveau type de jardin. Le jardin de Versailles qui en est la quintessence est aussi le jardin des superlatifs avec un grand canal long de 1.650m, plus de 2.000 fontaines et bassins, 212 statues, 43 Km d’allées, 23 km de treillages…Le jardin du Grand Siècle met en valeur la perspective, les bosquets adjacents deviennent des salons et font partie prenante de la demeure royale. Des fêtes somptueuses y sont célébrées.  Le but est d’imposer un pouvoir fort qui réussit à maîtriser la nature donc les hommes. Ce type de jardin aura un tel succès qu’il sera copié à travers le monde comme jardin entourant la plupart des résidences présidentielles. La maison blanche aux USA en est un bel exemple avec une perspective achevée par un Capitole entourée de bosquets lesquels forment par exemple le hibou symbole de la déesse Athéna évoquant la sagesse de la gouvernance. Ces dessins sont de la main de Pierre-Charles l’Enfant (1754-1825), architecte Français, c’est pourquoi Washington est une ville à la typologie unique aux USA.

Mais revenons à l’Europe et au tournant du XVIIIème siècle. En effet l’importance des Philosophes des lumières est non négligeable, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) en particulier rappelle l’importance de la Nature comme force primordiale. Ces écrits auront une résonnance toute particulière dans la conception d’espace plus intimiste comme le hameau de la reine Marie Antoinette (1755-1793) à Versailles ou les jardins à l’anglaise qui mélangent harmonieusement parterres de fleurs et animaux en semi-liberté. Le principe dans ce tableau idyllique est de démontrer que l’homme fait partie de la nature et qu’il peut au mieux la mettre en exergue, la sublimer. La révolution Française de 1789 va totalement modifier l’espace urbain.

Les grands parcs de Paris des maisons nobles vont devenir public et seront vendus à des promoteurs lesquels vont créer des Tivolis et autres Vauxhalls. Ce sont des parcs d’attractions au cœur de la ville. Cette époque trouble, violente qu’est la Terreur où chaque jour est un risque incite la population à profiter de l’instant. Il y a eu jusque 14 tivolis à Paris. Ce sont dans ces parcs que furent créées par exemples les montagnes russes. Cette idée fut copiée à travers toute l’Europe et seul Copenhague à conserver son Tivoli dont la fréquentation reste très familiale. Suite à la chute de l’empire et à l’occupation de Paris par les troupes anglaises et prussiennes, les tivolis firent faillites et les parcs parisiens furent en majorité abandonnés. Les grands travaux sous le second Empire avec le Baron Haussmann (1809-1891) permirent à la ville de se rebâtir mais surtout de s’ouvrir sur l’espace. Grâce à des moyens colossaux correspondant à 910 millions de Franc Or soit plus 50 milliard d’€ actuels, il redessine plus de 60% de Paris en créant de nouveaux parc : Montsouris, Buttes de Chaumont, Champs Elysées, en construisant de nouveaux bâtiments officiels phares comme la préfecture, l’Opéra, ou les gares et en traçant de nouvelles voies de circulation dont les boulevards des maréchaux. Lesquels seront fort décriés en particulier par les frères Goncourt qui tinrent ce discours : « ces boulevards permettent trop facilement la circulation et nous sommes envies » Il faut entendre dans ce propos la volonté farouche de la bourgeoisie de refuser toute mixité sociale. Les boulevards maréchaux ont permis à Paris de créer un réseau de circulation simple et efficace. C’était une volonté politique, cette planification dura une génération.

Comparons maintenant la situation Parisienne avec celle de Londres ou de Berlin. Londres à une situation tout à fait paradoxale. En particulier la City. Celle-ci est gouvernée depuis l’altomédiéval par le Guildhall, équivalent d’un regroupement de corporations. La mairie de Londres n’a pas son mot à dire sur l’agence urbanistique au sein de la city. Le cadastre est en effet tenu par le Guildhall. En 1666 un incendie terrible détruisit plus de 80% de Londres et près de 100% de la City. L’architecte et urbaniste Christopher  Wren (1632-1723) qui reconstruisit St Paul Cathedral, proposa aussi un plan de reconstruction de la City. Il proposa un plan d’inspiration Grand Siècle avec de larges avenues, terminées par des monuments afin d’accentuer la perspective et d’aider à s’orienter dans la ville. Mais une telle planification demande de recalculer le cadastre et d’étaler les travaux sur une génération. La City est avant tout un espace libéral et le Guildhall qui le régit était pressé de redynamiser l’environnement. Il a été décidé de reconstruire la city en 5 ans en reprenant le cadastre  existant. Le Guildhall opéra pour les mêmes raisons et de la même manière après le Blitz de la seconde guerre mondiale. Il en résulte de nombreuses conséquences. Londres et en particulier la city est la seule ville possédant un cadastre et un réseau de circulation médiéval avec une architecture ultra contemporaine dont les dimensions posent des soucis de transport des personnes et de sécurité. Sans perspectives ni points de fuite marqués par un bâtiment reconnaissable, l’orientation dans la city est très délicate. Si d’aventure vous posez la question d’orientation à un businessman, peut-être auriez-vous la chance d’entendre cette vieille galéjade digne d’un gentleman : we won the war, but in case the Germans would return, they get lost ! Enfin la tradition a été prise de reconstruire les bâtiments tous les trente ou cinquante ans afin de gagner en hauteur, ce qui explique une juxtaposition sans planification et une skyline atypique voir anarchique. Les bâtiments sont exceptionnels par leur qualité, leur variété et leur créativité, mais souvent le dialogue entre ces constructions est trop abrupt. L’urbanisme libéral de la City crée un ensemble unique, à la lecture complexe ou l’individu peut se sentir perdu.

 

 londres en 1593

Norden’s maps of 1593, conservée au Guildhall, London, UK


projet de londres en 1668

Projet urbanistique de Christopher Wren vers 1668, conservée au Guildhall, London, UK


la city

La City actuellement, London, UK

 

Dans l’autre opposé se présente Berlin qui fut à 80% détruite en 1945 et continue en 2011 à effacer les plaies de la guerre avec une planification urbaine très grande. La destruction de Berlin, fut l’occasion pour les décideurs d’offrir une ville verte avec des espaces doux et larges. Le parc de la Chancellerie est particulièrement remarquable en ce sens. Un parc sans réelle bordure, où les avenues, les plans d’eau, les édifices publics s’entremêlent dans une grande harmonie. L’une des plus grandes particularités de Berlin se situe dans son île aux musées, véritable galère monumentale voguant sur l’Elbe tout droit venue de la Grèce antique. Quelle surprise, quel choc que de découvrir un ensemble architectural de type hellénistique de grande envergure ! Cet ensemble est remarquable par son homogénéité et il s’en dégage une force toute remarquable. On peut critiquer ce côté « autoritaire » de l’urbanisme, cet aspect rationaliste. Mais il faut convenir que cette sectorisation permet une facilité de circulation optimale. Et le transport reste, de fait, le problème majeur des villes contemporaines. La sectorisation permet d’offrir une planification des flux. Et c’est justement cet aspect-là que Berlin essaie de temporiser depuis la réunification. Car la sectorisation des activités peut vite mener vers une ghettoïsation, et ensuite entraîner le risque de tension social. C’est pourquoi la municipalité et l’Etat s’obligent à réhabiliter les espaces industriels de Berlin Est en logement, afin d’éviter la formation de ghetto. 

 

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        L’île aux musées à Berlin, classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, construite entre 1823 - 1907

 

Après l’étude rapide de Berlin, nous pouvons développer les théories urbanistiques de l’après seconde guerre mondiale. Les facteurs seront multiples. Par exemples aux USA va émerger dans les années 60, le Land Art. Ce mouvement artistique promeut un art monumental inscrit dans la nature et le temps. L’œuvre est un détournement artistique de la nature qui dévoile ainsi son intime beauté. Le Land Art est à l’origine d’une forme d’écologie rationnelle où l’Homme peut révéler le meilleur de la nature en l’observant. Y plonge les idées du mimétisme industriel, des énergies renouvelables, et de la beauté par les formes simples et répétées. L’une des œuvres les plus influentes de cette génération est la Spiral Jetty réalisée par Robert Smithson en 1970.

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        Robert Smithson, Spiral Jetty, 1970 

 

 

 

Dans un esprit tout à fait différent, il faut citer la ville libre de Christiana à Copenhague. Cette aventure commence en 1971 et perdure encore aujourd’hui. Faute de logements corrects et de liberté, une cinquantaine de danois prennent possession de l’ancienne caserne de Bådmandsstræde. Aujourd’hui l’expérience continue toujours, dans un espace de 34 hectares, l’on y compte 1000 habitants, et s’y trouve aussi une crèche, des fermes et des espaces sportifs. La « ville » bat monnaie et possède son propre drapeau, mais ne fait pas partie de l’Europe comme il l’est signalé à la « frontière ». Son mode de fonctionnement est basé sur l’anarchie totale. Aucun gouvernement officiel ne coordonne l’ensemble. Ce quartier unique en Europe, au centre d’une capitale riche a ouvert l’esprit des urbanistes sur la possibilité de faire autrement. Qu’il existait d’autres manières de concevoir l’espace. L’individu avait désormais sa place. C’est une cristallisation de l’esprit de mai 68. Notons que les autorités Danoises ont décidé récemment de transformer ce quartier. En 2005, la destruction d’une maison de Christiana, entraîna la première émeute à Copenhague depuis plus de 40 ans. Mais ce quartier est en train de disparaitre de lui-même par un phénomène de gentrification intense. Ce quartier libertaire est devenu en 5 ans l’un des quartiers les plus tendances, avec quelques grands restaurants et autres bars design. Cette expérience unique d’anarchie appliquée comme système de vie, montre en lui-même ses limites. Cette aventure de 40 ans aura ouvert des portes dans les mentalités occidentales dans les domaines de la vie en société, de la gestion de l’espace et du partage des richesses. Même si le quartier disparaît, à n’en pas douter qu’il restera dans l’Histoire comme un élément majeur de tentative utopiste, apportant son lot d’innovations et de philosophies. 

 

 

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Quartier libertaire de Christiana, importance d’une nature sauvage avec quelques maisons éparses, 1971

 

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Quartier libertaire de Christiana, une conception  anarchiste de l’espace publique

 


 

En France, les années 70 sont marquées par les logements dit « Danielle Casanova » à Ivry. Construits par Renaudie et Gahouistet, ils apportent une réponse à la volonté de l’individu de posséder son jardin et de n’être vu par aucun de ses voisons. La conception individualiste de chaque appartement oblige le bâtiment à prendre la forme d’un cristal aux multiples facettes.

 

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Logement Danielle Casanova, 1970

 

La création du parc de la Villeneuve à Grenoble par Corrajoud, Ciriani et Huidobro en 1974 prônent que la ville est un paysage en soi. Pour se faire, il va être dessiné dans les espaces publics de hautes collines qui répondent à la hauteur des bâtiments les entourant. Ce dialogue permet aux tours d’habitations de s'intégrer pleinement dans l'espace.

 

parc de la villeneuve

Parc de la Villeneuve à Grenoble, 1974

 

 

 A partir des années 1980, de grands travaux publics comme le parc Javel Citroën ou le parc de la Villette vont permettre de tester de nouvelles approches lesquelles vont souvent favoriser un grand espace public entouré de plus petits espaces plus intimes. C’est une réécriture du jardin à la Française de Louis XIV. Si ce n’est qu’une volonté marquée va être définie par la mise en valeur de l’espace à disposition et non de rechercher un schéma général évoquant une forme simple.

Cette chronologie de l’espace public à travers le jardin nous invite à nous questionner sur la forme qu’ils prendront dans les années à venir. Quels sont les projets qui marqueront l’avenir ? Quels seront les modèles de demain ? Et sur quels critères pouvons-nous les juger avec objectivités.  Les facteurs seront évidemment l’écologie, la biodiversité, l’esthétisme, et la lisibilité.

Plusieurs projets sont remarquables à plus d’un titre nous pouvons en choisir quelques-uns parmi une quinzaine d’exposer.

La biodiversité est la clef de voûte du zoo, et la reconstruction de celui de Vincennes doit montrer cet axiome. Cet espace public, qui a aussi une obligation scientifique de sauvegarde des espèces animales se doit de satisfaire autant les spectateurs que les animaux conservés dans leur enclos. Dans ce cadre, le pari a été choisi de diminuer le nombre d’enclos, de les agrandir, en réalisant des biotopes plus réalistes où l’animal pourra se cacher si la pression est trop forte. Cette présentation de l’animal au public n’est possible qu’après une éducation de celui-ci à l’écologie. En effet il doit accepter de ne pas voir l’animal dans son enclos quand celui-ci se cache pour se reposer. Ce projet montre combien l’urbanisme est lié à l’éducation, à la sensibilisation culturelle du large public. Pour qu’une architecture, un urbanisme soit bien compris et accepté, il doit correspondre aux attentes de l’individu. Il doit suivre ses évolutions.

 

projet du zoo de Vincennes

        Projet de réhabilitation du rocher aux singes du zoo de Vincennes pour 2016

 

 


Un autre projet majeur dans le monde est la High Line de New York qui est le fruit du réaménagement d’une voie de chemin de fer traversant New York en artère verte. Ce projet important dans ses dimensions et sa complexité offre une reconversion remarquable pour une friche industrielle qui transforme un no man’s land en un atout majeur de la circulation et du bien-être. Un important travail a été réalisé sur le mobilier urbain qui semble émerger du sol. Et une recherche unique a été faite pour évoquer le côté « friche », avec par exemple un béton creusé de failles d’où jaillissent des gerbes de graminées. Le recyclage du chemin de fer en parc urbain a stimulé le développement immobilier dans les quartiers qui se situent le long de la ligne. Le mairie a noté que le projet a contribué à l'avènement de quelque chose d'une renaissance dans le quartier : en 2009, plus de 30 projets ont été planifiés ou sont en construction à proximité. 

Le crime a été extraordinairement faible dans le parc. Peu de temps après la deuxième section a ouvert, le NY times a rapporté qu’il n'y a pas eu de rapports des crimes graves comme les agressions ou de vols depuis son ouverture. Les défenseurs du parc attribuent ce constat à la grande visibilité de la High Line à partir des bâtiments environnants, une caractéristique de conception inspirée par les écrits de l'urbaniste Jane Jacobs . «Les parcs vides sont dangereux. Les parcs occupés le sont beaucoup moins. Vous êtes pratiquement jamais seul sur la ligne haute."

 

 

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        Différentes vues de la High Line de New york, 2009

 


Le casino de Singapour nommé le Marina Bay Sand inauguré en 2011 est remarquable par sa hardiesse et sa technologie. Au sommet des tours de 200m sont posés : un jardin, une piscine et une promenade. Les villes asiatiques comme Singapour sont confrontées à des densités à la croissance exponentielle sans la possibilité de s’étendre. L’une de possibilité est d’utiliser la troisième dimension. Si nous osons la comparaison de cette architecture avec l’esplanade de la Défense, ce jardin suspendu est beaucoup plus audacieux et novateur dans le concept. Car culminant à plus de 200m, le jardin suspendu, laisse les rayons du soleil éclairer le sol. A la différence d’un patio, ce projet ne met plus les bâtiments en valeur, mais ce sont les constructions qui mettent le jardin en évidence. Un projet similaire est en construction à Hong Kong ou un cinquième de la ville serait recouverte d’une dalle culminant à 200m pour offrir de nouvelles activités et opportunité à la ville. Ces projets portent en leur sein la stratification de la société. Les pauvres vivants en bas, là où la luminosité est la plus rare. Le risque de vivre dans une ville dans l’esprit de Blade Runner ne semble plus si loin.

 

 

casino de singapour

Casino de Singapour inauguré en 2010

 

 

 

Il est aussi intéressant de regarder la réhabilitation d’un patrimoine controversé. Par exemple la base sous-marine de St Nazaire construit par l’organisation Todt entre 1941-1943. La particularité de ce bâtiment est sa solidité, les murs en béton épais de 7m n’ont nullement soufferts des 60 dernières années. Les dernières analyses par ultra-son, montrent même que le bêton vient tout juste de sécher au centre des murs. La construction est conséquente : 300m de long sur 130m de large et 18m de haut. La municipalité est tiraillée entre la volonté de détruire de bâtiment qui gêne le développement du port et la conservation du patrimoine historique. Le second parti a été choisi et des projets d’aménagement artistique ont été dessinés. La réalisation principale est le jardin Pérenne sur le toit du bâtiment. La réalisation ne fut pas évidente car le toit en bêton armé pouvait interagir avec le substrat, il a donc fallu poser des bâches et importer une terre neutre pour pouvoir planter les arbres et autres herbacées. Le résultat a convaincu la population qui a visité l’espace. Pourtant nous devons nous poser une question délicate. Autant la restructuration de la High line à New York ne portait ni atteinte à l’histoire ni à l’urbanisme puisque de nombreux ponts ferrés existent à travers le monde. Autant la base sous-marine de St Nazaire est unique par ses dimensions et son histoire. Elle est un bâtiment aussi important qu’un château fort du moyen-âge. C’est un marqueur de l’Histoire. Il pourrait être reproché au jardin pérenne de dénaturer le site. Dans ce cas précis, le jardin doit être conceptualisé comme une restauration sur une œuvre d’art avec ce principe : tout ajout doit pouvoir être retiré sans que l’objet originel en soit abîmé. Cette question soulève l’épineux problème de l’insertion des monuments historiques dans le tissu urbain. Souvent le lien se fait grâce au jardin qui peut être considéré comme une construction temporaire.

 


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Projet de réhabilitation de la base de sous marins de St Nazaire

 

 


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Projet  de la base sous-marine

 

 

Tous ces projets urbains qui s’articulent sur le jardin obligent les concepteurs à travailler sur différentes notions. Cette troisième et dernière partie de l’exposition est certainement la plus difficile à appréhender. Ce sont de véritables cahiers de recherche qui ont été reconstitués. Quand l’urbanisme évoque la notion de ciel, il réfléchit sur les questions de limites, d’horizon, de perspective, d’harmonie et de lumière. L’une des recherches les plus poussées et les plus spectaculaires est sur l’eau. Cet élément tellement présent dans les jardins depuis l’antiquité, n’a de cesse d’éveiller la créativité des urbanistes. Essentielle pour la vie, elle peut être force destructive et tout emporter dans une pluie diluvienne. Autant les jardins du XVIIIème étaient friands d’eau en mouvements avec des cascades, jets d’eau et autres fontaines à tuiles bruissant sous le poids de l’eau. Autant les jardins contemporains s’inspirent du zen japonais et offre une vision de l’eau sereine, reposante et calme. Est-ce pour contrebalancer notre activité boulimique ? L’exposition ne recherche pas de réponse de ce côté mais penche plus vers une volonté minimaliste largement répandu dans le design contemporain. Les jardins aussi suivent les tendances. Par contre la lumière est le fruit d’une recherche toute particulière depuis quelques décennies. Les jeux des miroirs dans les jardins, de l’albédo des plans d’eau, et des treillis permettent d’organiser les espaces sans le séparer physiquement par des bosquets et autres rangées de plantes rampantes. Cette notion entraîne de suite une recherche sur la notion d’espace. Le jardin est-il un espace définit. Doit-il être délimité par des grilles, murs, murets ? Doit-on envisager des perspectives, des points de vue panoramiques ? Le jardin doit t’il s’infiltre entre les bâtiments, occuper les boulevards, monter sur les murs. Ces dernières années avec les murs végétalisés, les longitudes vertes, les toits écologiques, le jardin a conquis de nouveaux espaces autant par esthétisme que par écologie. Cette notion d’ailleurs est la dernière abordée sous le titre du milieu vivant. Le jardin est un écosystème fermé en lui-même. L’une des premières expériences historiques en ce domaine fut l’invention d’une « réserve artistique » de 1 097  hectares en la forêt de Fontainebleau en 1861 qui était la première réserve naturelle au monde avant le Parc national de Yellostone aux États-Unis qui fut créé en 1871. Actuellement il y a 108 réserves protégées en Europe qui montrent que le système forestier peut se gérer sans intervention anthropologique. Cette découverte a permis la naissance de nouveaux types de parcs, comme celui de l’île St Germain en 1980 dans lequel n’est utilisé aucun pesticide, ni arrachage violent. Des hôtels à insectes, des mares et des prairies ont même été réalisées pour favoriser la biodiversité. Ce jardin de 18 hectares permet des gains de coût en personnels et en matériels. Cette évolution est encouragée par la situation économique actuelle mais également par la prise de conscience du grand public sur la conservation des espaces et la protection des espèces. Dans le même ordre d’idée les municipalités n’hésitent pas à introduire des ovins pour occuper des espaces difficiles d’accès aux services municipaux. Ce type de projet allie protection d’espèce spécifique, sensibilisation des citadins à la nature et économie sur le long terme.

 

 

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        Installation des moutons et chèvres sur le talus du RER à Issy les Moulineaux en 2010

 


Les jardins passés, présent et en devenir que nous venons d’explorer nous rappelle combien cet élément urbain est bien plus qu’un simple poumon vert à la ville. Le jardin est porteur de pouvoir,  de valeur économique, esthétique, philosophique, humanistes et écologiques. Plus qu’un espace clairement défini l’espace le jardin joue sur de nombreuses notions qu’elles soient physiques, émotionnelles ou même temporelles. Les défis de la ville du futur sont impressionnant et il est fort à parié que le rôle du jardin n’en sera que plus renforcer. Tous en se réinventant constamment, le jardin tend à devenir un élément symbiotique de la ville. Les frontières entre ces deux espaces vont-elle tendre à disparaître. Est-ce la ville qui va se fondre dans le jardin, ou le jardin qui va s’imbriquer en osmose dans la ville ? Ces lignes de recherches restent encore en pleines voies d’exploration.

 


 

 
Par Thierry TESSIER - Publié dans : urbanisme et architecture
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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 02:41

 

 

 gagaface.jpgQui est Lady Gaga ? Une arriviste ? Une opportuniste ? Une femme de talents ?  Les années qui viennent nous le dirons. Nous ne pouvons juger de sa carrière à l’aube d’un seul album, il faut attendre que son travail murisse. Pourtant le phénomène Lady Gaga mérite que nous nous arrêtions pour mieux le comprendre. Tout d’abord nous pouvons  constater un goût prononcé  pour les références. Lady Gaga semble toujours à l’écoute des tendances culturelles et artistiques et n’hésite pas à les intégrer dans ses shows. Ceci permet d’offrir une lisibilité plus large à des mouvements quelques fois underground. Avouons-le, c’est un réel plaisir que de s’amuser à décrypter ses clips qui fourmillent de références religieuses, artistiques et musicales. Je voudrai par cet article signaler un détail qui m’a particulièrement intéressé lors de la diffusion du clip « Born this way » et qui semble avoir passé inaperçu pour beaucoup de monde.

 


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Orlan dans sa série du Poireau


Le film porte le thème de Mother  Monster qui engendre une colonie de monstres. Est-ce une ode à la lutte contre le racisme ? Où est-ce une métaphore sur la violence inhérente qui se cache dans chaque être humain ? C’est certainement sur ces deux plans qu’est traité le clip et régulièrement la chanteuse va balancer entre les deux thèmes. C’est justement ses références esthétiques qui vont nous permettre de mieux comprendre son propos.

 

L’artiste joue actuellement beaucoup avec les implants ou tout au moins des ajouts maquillés qui ressemblent à des implants. Ils sont situés sur les pommettes, les joues et  les épaules. Il est évident que l’écho envers l’artiste Orlan est remarquable. Facile d’interprétation. Elle reprend ainsi le côté sulfureux de la recherche artistique d’Orlan. Ce travail sur elle-même – dans le sens charnel du terme- lui a valu de très nombreuses critiques du milieu artistique mais aussi lui a offert la possibilité d’acquérir une indépendance totale. En effet personne que ce soit les politiques ou les institutionnels ne peuvent se permettre de « récupérer » sont travail. Cette liberté à un prix.  Orlan, lors de sa conférence au théâtre du Rond Point, nous l’a rappelé en ses termes polis : « J’ai énormément souffert de cette haine gratuite motivée par l’incompréhension et l’intolérance ». Nous touchons là un des fondamental de la carrière d’Orlan. A partir de son manifeste d’Art Charnel en 1982, elle acquiert une indépendance artistique qui bien que difficile à envisager au début de carrière, lui permet aujourd’hui d’être l’une des artistes françaises les plus connues et reconnues. Ayant réussi à ternir tête contre l’intelligentsia des conservateurs et autres critiques d’art, elle a su démontrer la valeur artistique de son travail.

 

Ses séries de portraits déformés selon des esthétiques ethniques de cultures différences portant des labrets et autres tatouages comportent en leur sein un fort message politique. Son œuvre a aussi pour but de démontrer que la beauté est une valeur culturelle et non innée. C’est un principe philosophique important. Son travail a pour but de nous aider à accepter la différence. Que la forme Mangbetu au front déformée  de la RDG est aussi belle que celle aux narines élargie de l’ethnie Apatani ou que la femme coiffée d’un brushing surdimensionné du XVIem arrondissement de Paris. Acceptons les autres comme ils sont, avec leur goût de l’esthétique aussi personnel soit-il. C’est un message simple, fort et difficile à appréhender pour beaucoup.

 

 


 

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Femme Mangbetu en République Démocratique du Congo

 

 


 

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Femme Apatani

 

 


Lady Gaga par ses implants avaient donc récupéré une partie des polémiques qu’avait suscité Orlan. Mais la chanteuse va plus loin encore. Puisqu’elle organise dans son clip un hommage d’une des installations les plus fameuses de l’artiste nommée : « Woman with head ». Cette œuvre daté de 1996, présente la tête d’Orlan posée sur une table lisant un texte d’esthétisme de l’art. Elle semble décapitée. C’est un magnifique subterfuge, visuellement efficace qui marque l’esprit.

 

Dans le clip la chanteuse est coiffée d’un carré –comme Orlan- posant la tête sur un plexiglass. Le corps est visible mais asexué puisque les formes féminines sont contrainte d’être ignorées. Elle est entourée de 4 têtes décapitées, le tout dans une boîte miroirs qui démultiplie son image. La référence est claire tout en étant créative.  L’analyse pourrait être la suivante.

 

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Orlan dans l'installation 'woman with head" 1996

 

Autant dans l’œuvre d’Orlan, le texte avait une importance primordiale. Le rapport entre cette tête décapitée et la lecture d’un texte philosophique par cette même tête était un décalage surréaliste. Nous pouvons comprendre que la parole est ce qui restera de l’Homme après sa mort. Nous pouvons aussi envisager qu’en absence du droit à la parole, l’être humain est comme mort. Il est sans avenir.  Evidement avec le passé de la France, nous devons aussi évoquer une autre hypothèse : la puissance des mots et les risques que l’on encourt en assumant ses théories contre la critique et l’obscurantisme et ses actes.

 

lady gaga

Laddy gaga dans le clip "born this way" 2011


 

Lady Gaga présente ce « mystère » avec un aspect plus brillant, c’est la première différence. Dans sa représentation on oublie l’aspect force de la parole et du texte pour le remplacer par une autre notion : le respect et l’égalité de chaque être humain. Ou dit différemment : l’ « inimportance » et l’interchangeabilité de chaque vie humaine. La chanteuse développe cette idée par ce corps asexué sur lequel est posé une tête, mais pourquoi pas la tête à droite qui semble être déballée ou celle de gauche au nez un peu plus proéminent. Cette cage de miroir semble être une machine ou une grue viendrait posée une tête sur un corps sans se poser la question de savoir si c’est compatible.

 

 Allons encore plus loin et voyons l’aspect sexuel de cette présentation. Nous savons que Lady Gaga est fortement attachée à la cause LGBT. Est-ce d’un point de vue commerciale, ou simplement par conviction ? Ceci n’est pas le débat. Mais si nous regardons la scène sous cette focale nous comprendrons que quelques fois le corps ne corresponde pas toujours au « moi » sexuel définit par le cerveau. Nous sommes ici sur une des définitions de l’homosexualité et du transgenre. Avec beaucoup d’esthétisme et de brio Lady Gaga défend la cause de la liberté sexuelle en reprenant une œuvre d’Orlan.


Merci à Orlan pour son combat et son engagement artistique qui bouge les frontières de l’art. Et Merci à Lady Gaga de s’inspirer des artistes les plus « in » pour défendre les causes les plus délicates.  Copier s’est facile. Mais s’inspirer avec habilité mérite une bonne compréhension et une grande humilité. Nous sommes impatients de découvrir le reste…


« Hybridons-nous » théâtre du Rond-Point des Champs Elysées – 19 octobre 2010

Evocation du mystère médiéval qui est la représentation courte d’une scène biblique comme une pièce de théâtre.

Par Thierry TESSIER - Publié dans : Analyse poïétique d'oeuvre d'art
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Mercredi 11 mai 2011 3 11 /05 /Mai /2011 18:09

 

thelonggoodbye toos van holstein

"The Long good bye" 60x60cm

 

 

 

 

 

 

toos van holsteinLes Pays-Bas ont toujours été une terre de peinture. Même si l’heure de gloire fut le du XVème  au XVIIème siècle, les néerlandais conservent une approche sensible de la peinture. Est-ce la climat ? La qualité de vie ? Ou la luminosité qui permet une telle créativité ? Voici des questions sans réponses, qui n’offrent d’ailleurs qu’un intérêt mineur.  Ce qui me semble plus pertinent est de comprendre comment les artistes Néerlandais contemporains ont su conserver un héritage magnifique sans y être enfermés. Ma découverte de l’artiste Toss van Holstein née en 1949 me permet d’envisager une telle  réflexion.  Son travail exposé actuellement à la Galerie Derrière la Dune, au Touquet Paris-Plage reflète de nombreux échos tout en proposant une relecture toute personnelle.


Les références au passé dans son travail sont nombreuses, on peut y voir : Venise par les couleurs, l’antiquité par les toges que portent les personnages, Tochwe ou les Massaaïs dans certains motifs tribaux. Les échos sont multiples mais à chaque fois transformés et légèrement déformés. Les petits détails sont éparses et nous lancent des pistes : comme un pictogramme qui rappelle la Chine ou bien un poisson dont la métaphore christique est frappante. Son travail est définitivement un syncrétisme de mémoires, d’émotions, de couleurs et de senteurs. En tant que spectateurs nous rentrons dans son travail, dans son univers.


D’ailleurs Toos van Holstein nous y invite par une architecture très particulière. En effet la peinture est frontale. Les éléments architectoniques ne dessinent pas clairement un point de fuite. L’œil est bloqué au premier plan. Un semblant de point de fuite est créé par une décoloration de l’espace du tableau. L’œil se dirige naturellement vers cette dépression de couleur. Et c’est justement dans cette espace que Toos van Holstein peint un groupe de personnage dont leur visage est illisible, portant des vêtements d’un autre temps, sans être historiquement datable. Ces personnages ce sont les spectateurs, c’est nous ! Nous sommes invités à entrer dans le tableau, à nous imaginer entourés de ces couleurs chatoyantes, effleurés par les doux vents du vortex.


L’œuvre de l’artiste est comme son caractère : entier! Toos van Holstein est une artiste dont l’énergie et la joie de vivre rayonnent constamment. Cette coloriste de talent nous permet d’entrer de plein pied dans une œuvre chamarrée forte et onirique. Cet expression picturale  me rappelle dans la théorie le mouvement CoBrA[1] dont l’un des fiefs étaient Amsterdam.


La peinture de Toos van Holstein ne fait pas partie du néo-figuratif. Pour cela, elle devrait représenter un paysage reconnaissable. Elle se décrit plutôt comme une peinture « figurée ». il faut comprendre ce mot dans le sens onirique. C’est la représentation de l’espace-de-vie de Toos. Il y a des éléments reconnaissables, mais l’agencement est imaginatif. Retirons par exemple  les groupes de personnages dans ces œuvres et nous serons en présence d’œuvres abstraites dans la majorité de son travail. Toos est avant tout une femme qui peint, une mère qui rêve. Elle nous entraîne dans son univers structuré par des années d’étude de l’histoire de l’art. Son inconscient est parsemé de palais byzantins, de robes à la Watteau[2] et d’histoire de vie. On ressent une grande empathie dans son travail. Comme le tableau qui évoque la migration des populations européennes vers les Amériques. Ces millions de personnes qui sont parties au cours de siècles laissant leurs souvenirs et leurs proches derrière eux. Ces souffrances et ces drames familiaux. La vie pour Toos est maelstrom de sentiments.


Est-ce que chaque sentiment à une couleur prédéfinie à la manière de Poussin (1594-1665) lequel l’avait prescrit dans une philosophie esthétique? Non, la peinture de Toos n’est pas tonale[3], car elle n’est pas préméditée. Toos est seule face la toile, elle oeuvre dessin préparatoire. Aucune musique ni bruit ne l’entourent au moment de la création. Elle travaille seule, avec force et concentration. Toos van Holstein va rechercher au plus profond d’elle-même une émotion qu’elle figure dans un espace imaginé. 


Considérée comme l’une des plus importantes peintres néerlandaises contemporaines, son travail a atteint une maturité et une sincérité flamboyante. Ces toiles sont acessibles au tout venant  mais  elles méritent d’être observées plus longuement pour découvrir la profondeur de son émotion et de son message.

 

 


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"Travelling mind"

[1] Mouvement CoBrA : Co pour Copenhague, Br pour Brussels et A pour Amsterdam mouvement artistique de 1948 à 1951  qui s’oppose au sectarisme géographique des suréalistes. Ce mouvement regoupe Christian Dotremont, Jacques Calonne, Joseph Noiret ,Asger Jorn, Karel Appel, Constant, Corneille, Pierre Alechinsky, Jan Nieuwenhuys, Pol Bury, Georges Collignon, Henry Heerup, Egill Jacobsen, Carl-Henning Pedersen, Jacques Doucet et Jean-Michel Atlan.

[2] Robes à la Watteau est une expression étymologiquement abusive du terme originel « plis à la Watteau » en effet le peintre  Watteau (1684-1721) a créé vers 1720 ces plis particulier qui partaient depuis els épaules pour retomber jusqu’au sol.

[3] Tonale : Théorie esthétique développée par poussin (1594-1665) où chaque sentiment est associée à une couleur, il existe par exemple le ton inique, dorique, etc.

Par Thierry TESSIER - Publié dans : Analyse poïétique d'oeuvre d'art
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Jeudi 28 avril 2011 4 28 /04 /Avr /2011 23:47

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détail de l'exposition qui se tiendra jusque le 24 juillet 2011

 


Qui est Edouard BOUBAT (1923-1999)? Les amateurs éclairés de la photographie se raillent de cette question et peuvent même se choquer. Mais osons le dire simplement sans jugement de valeur, Edouard BOUBAT n'a pas la reconnaissance populaire de Robert DOISNEAU ou d'un Willy RONIS. Et Pourtant cet artiste a été reconnu par ses pairs et a brillé sous les feux des récompenses: Prix Kodak en 1947, prix Octovius Hill en 1970, Grand Prix National de la photographie en 1984... Tel Jacques Henri LARTIGUE (1894-1886), Edouard BOUBAT est moins connu que son travail. Nombreux de ces clichés sont admirés et reconnus à travers le monde. L'exposition présentée actuellement au musée de la carte à Jouer à Issy les Moulineaux est un hommage à cet artiste qui utilisa le médium de la photographie à partir de 1938 avec son entrée à l'école d'Estienne dans le département de la photogravure. Plus de 60 ans de photographie! Ce sont les témoignages d'une époque. Plus que du naturalisme, son regard n'est ni analytique ni critique, il est témoin de la vie. Il observe avec bienveillance les décades qui se suivent, l'évolution de la mode, et les sempiternelles crises existentielles de l'être humain. La nature humaine reste la même, et c'est cette nature que capture Edouard BOUBAT à travers les âges et les époques.

J'ai encore en tête cette jeune et magnifique mariée montant les marches de l'église avec fierté et joie. La robe est typiquement d'inspiration de Dior, la saison doit être fraîche -certainement l'hivers- car nombreuses sont les spectatrices qui portent des fourrures qui ont connues des jours meilleurs, ce cliché est daté de 1952. D'un rapide coup d'œil, on y voit un témoignage de l'évolution de la mode, avec un charme suranné. Mais j'y vois surtout la perpétuelle joie que ressent la jeune mariée en gravissant ces marches. Ce jour "J" qui est le sien. Elle est la princesse au milieu de la cour. C'est magique, c'est magnifique, c'est perpétuel. A ceci s'ajoute sa volonté, car elle retrousse seule sa robe pour monter les marches, par son geste elle indique inconsciemment qu'elle entre volontairement dans sa vie de femme, qu'elle décide consciemment et épouse autant son mari que sa futur vie. Cette jeune femme est un esprit vif, fort et structuré, elle avance le pas sûr, le charme au coin des lèvres. 

Un autre cliché m'a particulièrement frappé, celui présentant -de dos- le portrait rapproché d'un jeune homme chapeauté portant dans les bras un jeune enfant, tous deux regardant la mer. Cette photo a été prise en 1956 à Nazaré au Portugal. Le pays est en pleine crise économique, la difficulté au quotidien est pesante. Cette photo est une illustration criante de la dureté de la vie dans un silence éloquent. Cette image grâce à sa prise de vue en biais montre la crise d'angoisse que connaît l'adulte face à l'implacable avenir. Comment réussir à vivre? De quoi sera fait le lendemain? Comment envisager la vie? Ces crises existentielles percent dans ce noble port de chapeau, dans le calme et la fausse sérénité de la scène. 

 

J'ai redécouvert Edouard BOUBAT que j'avais croisé dans mes études et classé dans la case des photographes humanistes, cette exposition pour moi fut l'occasion de comprendre que l'émotion à l'état pur était souvent caché dans le sourire invisible. Jacques Prévert l'avait décrit comme le correspondant de paix, voici à n'en pas douter la meilleure des définitions. Un correspondant de paix dans l'espace et le temps. 

 

Pour les détails en rapport avec le musée de la carte à Jouer à Issy les Moulineaux, cliquer ici

 

 

 

 

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Edouard Boubat, Nazasé en 1956

Par Thierry TESSIER - Publié dans : Expositions
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